Publié le 30 December 2004 à 21:38:02 par Amba
La lettre d'information du 29 décembre 2004 de Pondichery.com
Le séisme en Inde
Les conséquences du tsunami
comment aider Médecins Sans Frontières

Hommage aux disparus
En
Inde, le désastre est une affaire de pauvres
Les secours cherchaient aujourd'hui à
retrouver la trace de dizaines de milliers de personnes disparues en
Inde après les raz-de-marée qui, selon le dernt??La ier bilan, ont déjà
fait plus de 8.500 morts.

Hier, même le ciel était en
deuil. Toute la journée, le long du littoral tragiquement nettoyé
par le raz de marée de dimanche, de lourds nuages sombres ont fait
la course avec le vent. De Madras, la capitale du Tamil Nadu, à
Nagapattinam, près de 350 kilomètres au sud. Enfermant sous une
chape de plomb les villages dévastés. De ces villages, dès l'aube,
sont montés des chants funéraires oecuméniques : hindous, musulmans,
chrétiens. Dernier hommage aux quelque trois mille victimes que
dénombraient officiellement hier les responsables du Tamil Nadu et
de Pondichéry. Un chiffre bien en deçà de la vérité, estime Sunil
Gars, le chef de la police du gouvernement de Pondichéry. «Il y a
eu au bas mot cinq mille morts, affirme-t-il. N'oubliez pas
tous ceux dont on n'a pas encore retrouvé les corps, ceux qui ne
reviendront sans doute jamais, car il ne s'agit pas d'un tremblement
de terre ordinaire.» Sans compter, pourrait-il ajouter, les
disparus qui n'ont jamais figuré dans les registres de l'état civil,
comme c'est souvent le cas en Inde. Officiellement jamais nés,
jamais morts ; passés, en quelque sorte, par pertes et
profits.

Comment, dans ces
circonstances, organiser et distritibuer une aide efficace ? La
municipalité de Kalapet, à une vingtaine de kilomètres de
Pondichéry, a plutôt bien relevé le défi. Grâce, entre autres, à la
présence du Pondicherry Institute of Medical Sciences (PIMS), l'un
des hôpitaux les plus modernes du pays. «Ce matin encore, deux
cents personnes complètement paniquées sont venues se réfugier ici,
persuadées qu'il y aurait une réplique au séisme, raconte le
directeur de l'établissement, le Dr R. K. Kalyan Singh. Dès
dimanche, nous avons accueilli cent quarante rescapés. Il ne leur
restait rien d'autre que les vêtements qu'ils avaient sur le dos au
moment du drame.» Poursuivant : «Aujourd'hui encore, des gens
nous ont amené des blessés.»

Le Dr Kalyan Singh le
sait bien, c'est le bouche à oreille qui fonctionne le mieux dans
des cas pareils. Et, en matière d'aide aux plus démunis, le PIMS a
une solide réputation. «C'est notre devise, dit-il, nous
voulons atteindre toutes les couches sociales, y compris les plus
défavorisées.» L'air conditionné qui tourne à fond, le luxe des
locaux, pourraient démentir ces propos. Kalyan Singh jure qu'il n'en
est rien. «Dimanche, quelques heures après le passage du raz de
marée, j'ai reçu un coup de fil me pressant de venir à l'hôpital,
explique-t-il. Lorsque je suis arrivé, cinq cents personnes
complètement hagardes se pressaient aux grilles. J'ai mobilisé une
soixantaine de médecins et nous nous sommes mis au
boulot.»

La plupart des victimes
avaient les poumons pleins d'eau. D'autres souffraient de
contusions, de brûlures, de fractures légères, résultats d'une fuite
dans la hâte et le désordre. «Nous avons aussi mis en place une
cellule de crise psychiatrique. Il a fallu administrer des calmants
à certains rescapés car ils ne pouvaient s'empêcher de hurler de
terreur», ajoute le praticien. Il se rappelle surtout ce
chargement de 68 corps débarqués pour être mis à la morgue. «J'ai
réalisé à temps qu'au milieu de ce charnier quatre individus
respiraient faiblement. Nous avons pompé l'eau qui avait pénétré
dans les poumons et nous avons placé ces malheureux en
réanimation.»

Sonia Gandhi en visite à Andaman le 28/12
«Voyez-vous,
conclut-il, le plus triste, c'est que la plupart des victimes
étaient des femmes et des enfants. Pour une raison simple. Il y a eu
une première vague, pas trop méchante, mais suffisamment forte pour
déverser sur le rivage des milliers de poissons. Les bambins ont
couru vers cette pêche miraculeuse, leurs mères aussi. C'est là que
la deuxième vague, d'une violence inouïe, let??ter>
La plupart des victimes
avaient les poumons pleins d'eau. D'autres souffraient de
contusions, de brûlures, de fractures légères, résultats d'une fuite
dans la hâte et le désordre. «Nous avons aussi mis en place une
cellule de crise psychiatrique. Il a fallu administrer des calmants
à certains rescapés car ils ne pouvaient s'empêcher de hurler de
terreur», ajoute le praticien. Il se rappelle surtout ce
chargement de 68 corps débarqués pour être mis à la morgue. «J'ai
réalisé à temps qu'au milieu de ce charnier quatre individus
respiraient faiblement. Nous avons pompé l'eau qui avait pénétré
dans les poumons et nous avons placé ces malheureux en
réanimation.»

Si le PIMS commence à
s'organiser pour récolter et distribuer des vêtements et de la
nourriture (mille colis alimentaires ont déjà été distribués),
l'école de filles de Kalapet et l'université de Pondichéry ne sont
pas en reste. Dans la cour de l'école transformée en camp de
réfugiés, Verappam, le directeur de l'établissement, veille au bon
fonctionnement des opérations. «On a aménagé un espace où les
femmes peuvent cuisiner. Cela vaut pour celles qui ont de quoi
acheter un peu de nourriture», dit-il. Des assiettes en carton
souillées de quelques grains de riz jonchent encore le sol du préau.
Une camionnette passe le porche. Le chauffeur commence la
distribution de sachets en plastique contenant des repas chauds.
«C'est la municipalité de Pondichéry qui prépare et envoie les
repas trois fois par jour pour ceux qui n'ont même pas de quoi
acheter du riz et des légumes», explique Verappam.

Avec son visage aux
traits réguliers, ses cheveux soigneusement coiffés, sa parure en or
fin et son kurta pyjama impeccable, on ne dirait jamais que
Vennatihy a tout perdu. Elle n'a guère plus de 18 ans. Son père est
pêcheur. Elle a deux frères et soeurs. La famille a réussi à
s'enfuir. «A l'exception de ma nièce qui av?ait 10 ans»,
dit-elle sans émotion apparente. On n'a pas retrouvé le corps de
l'enfant. «J'ai encore peur, lance Vennatihy, peur que ça
recommence. D'ailleurs, avant de redescendre à l'école, nous étions
tous montés nous réfugier sur les hauteurs, à quelques kilomètres
dans les terres.»

Le chef de la police, Sunil
Gars, n'aura pas beaucoup de mal à faire appliquer les ordres :
interdiction de pêcher, interdiction de se promener trop près du
rivage. Même si des centaines de badauds continuent de scruter la
mer boueuse comme pour lui extorquer son sinistre secret.
Uthiravel, pêcheur
désormais sans filets, trompe son ennui dans la cour de l'école. Il
était en mer lorsque le séisme s'est produit. «Nous avons tangué
fortement, nos filets ont été déchirés, mais nous sommes rentrés
sains et saufs sur le coup de cinq heures du soir. C'est là que nous
avons pris la mesure du drame», dit-t-il. Il a perdu pour 15 000
roupies (un peu plus de 270 euros) de matériel. L'Etat a annoncé des
compensations de 5 000 à 10 000 roupies pour reconstruire les
cabanes et se refaire une vie.
L'Inde n'est pas le Sri
Lanka. Mis à part un timide essor sur les côtes du Kerala, au
sud-ouest du pays, le tourisme balnéaire indien n'est pas très
développé. Pas étonnant,? donc, qu'il n'y ait pas de victimes
occidentales. Ici, ce désastre naturel, qui s'ajoute à tant
d'autres, est une fois de plus une affaire de pauvres. De l'autre
côté du détroit, les secours affluent. Certes, Colombo a revu le
nombre de ses morts à la hausse à plus de dix mille. Il y aurait,
surtout, au moins deux cents Occidentaux parmi les victimes.
«Nous avons reçu des
réclamations concernant deux cents touristes manquants depuis
dimanche, a déclaré hier le
ministre sri-lankais de l'Energie. On craint qu'ils ne soient
morts.» Le bureau du tourisme de l'île a cependant placé le
curseur un peu plus bas : soixante-dix touristes étrangers seraient
décédés dans le séisme.

Comment aider Médecins Sans Frontières
Un avion, avec à son bord 32 tonnes de
matériel d'urgence (générateurs, bâches plastiques, moustiquaires,
kits d'assainissement de l'eau, fournitures médicales, etc.),
devrait décoller mercredi à destination. Nos équipes évaluent par
ailleurs les possibilités d'achat de matériel de secours
(couvertures , etc).
Une boîte postale a été ouverte pour recevoir les
dons à destination des victimes de cette catastrophe naturelle
:
Médecins Sans Frontières
BP 2004
75544 Paris
Cedex 11
Vous pouvez également effectuer un don en
ligne en cliquant ici
et aussi
