mise à jour du 5/04/2007 :
Le livre d'Armando Torres "Rencontres avec le Nagual" va sortir le 13 avril prochain aux éditions Alphée- Jean Paul Bertrand. Il sera donc bientôt disponible à la vente. Nous vous tiendrons donc au courant
PROLOGUE
Je connus Armando lorsqu’un jour, par coïncidence, nous visitions
tous les deux un lieu de pouvoir dans les montagnes du Mexique central. La spontanéité
de cette amitié qui naquit entre nous tout comme le sujet de la conversation
que nous entretînmes à ce moment là, m’invitèrent
à lui confier que j’avais eu le privilège de connaître
Carlos Castaneda. Il me dit que lui aussi le connaissait et qu’il avait
écrit un livre au sujet de ses enseignements.
Ma curiosité alla croissant et je le pressai de questions .Cependant
, il ne semblait pas intéressé de répondre ; il dit simplement
que ce n’était pas le moment adéquat. Je n’insistai
pas, vu que je venais à peine de faire sa connaissance.
Tout au long des années qui suivirent cette rencontre, je l’entendis
mentionner très peu souvent le sujet, toujours comme référence
à quelque autre topique que nous étions en train de débattre.
Quand bien même je me fis ami avec ‘ ceux qui vont plus loin ‘,
ce n’est qu’au moment où les événements le
décidèrent que j’eus accès à son ouvrage.
Lorsque pour la première fois, je lus le manuscrit, je fus profondément
ému, rien que par le fait qu’il me permettait de comprendre une
des prémisses les plus obscures de l’enseignement de Carlos : celle
qu’il appelait ‘ la partie de la Règle du nagual à
trois points’, soit un projet de rénovation des lignées
de connaissance à l’échelle globale.
Il m’assura que Carlos lui avait ordonné de faire connaître
cette information et il me demanda que je l’aide dans cette tâche.
Cependant, comme il s’agissait d’un manuscrit assez court-une trentaine
de pages- je lui suggérai d’y ajouter un supplement et la description
de quelques unes des nombreuses lectures données par Castaneda dont il
fut le témoin.
Acceptant ma proposition, il sélectionna un ensemble d’enseignements
que Carlos avait donnés, comme des conférences publiques ou des
discussions privées. Il m’expliqua que pour en faciliter la lecture,
il avait groupé les sujets selon le contenu et non selon un ordre chronologique.
De plus, pour certains sujets il fut tenu de synthétiser ou de reconstruire
les conversations parce que, dans ces sujets , Carlos s’était montré
extrêmement emphatique en transmettant une grande partie de l’information
sous le couvert d’expressions et de manières de son crû,
se plaisant à mélanger les histoires personnelles et les observations
de tous types relatives à son enseignement.
En guise de cadeau extraordinaire, Armando ajouta un bref compte rendu de sa
propre expérience avec un autre groupe de praticiens en sorcellerie.
Par la simplicité et la sincérité de sa narration, ce livre
possède une force que je n’aie rencontrée dans aucun livre
traitant de ce domaine. Pour cette raison, c’est un énorme plaisir
pour moi de pouvoir aider Armando dans cette tâche de publication. Je
suis certain que tous les amateurs de l’œuvre de Carlos Castaneda
l’apprécieront intensément.
Juan Yoliliztli
INTRODUCTION
Je m’appelle Armando Torres. J’écris ce livre conformément
à une tâche qui m’a été confiée plusieurs
années auparavant.
J’ai pu connaître Carlos Castaneda, cet anthropologue contesté,
écrivain de sujets de sorcellerie , en Octobre 1984.
J’étais alors encore assez jeune. J’avais effectué
, dans ma recherche de réponses, des incursions dans diverses traditions
spirituelles et j’aspirais à trouver un maître. Mais, dès
le début, Carlos avait été très clair à ce
sujet.
«Je ne promets rien - me dit-il , je ne suis pas un gourou. La liberté
est un choix individuel, et il est de la responsabilité de chacun de
combattre pour elle.»
Dans un des premiers entretiens que j’eus avec lui, il fustigea durement
l’homme idolâtre qui nous invite à en suivre d’autres
et à espérer qu’ils nous donneront des choses déjà
prédigérées. Il ajouta que cela était le retard
dû à notre condition de troupeau.
«Celui qui souhaite sincèrement pénétrer dans les
enseignements des sorciers n’a pas besoin de guides. Il lui suffit d’avoir
un véritable intérêt et des tripes en acier. C’est
ainsi que par lui-même, il trouvera tout le nécessaire pour satisfaire
une intention inflexible.»
Notre relation fleurit sur de pareilles prémisses. Par conséquent,
je désire affirmer ici que je ne suis pas un disciple de Carlos, dans
le sens formel du mot. J’ai seulement conversé avec lui en certaines
occasions, et cela suffit à me convaincre que le véritable chemin
consiste en notre détermination à être impeccable.
Le motif principal pour lequel j’ai accepté de diffuser une partie
de mon expérience à ses côtés est la gratitude .
Carlos fut prodigue avec chacun de ceux qui ont eu la chance de le connaître,
puisqu’il est dans la nature d’un nagual de faire des cadeaux de
pouvoir. Être proche de lui me baignait de stimulations et me comblait
d’histoires, de conseils et d’enseignements de tous types, et il
serait très égoïste de la part de ceux qui les reçurent
de dissimuler ces cadeaux, alors que lui-même, comme un véritable
guerrier de la liberté totale, partagea tout jusqu’à la
fin avec ceux qui l’entouraient.
Une fois, il me confia qu’il avait l’habitude de révéler
chaque nuit des fragments de son apprentissage avec le nagual Juan Matus, un
vieux sorcier appartenant à l’ethnie Yaqui du nord du Mexique,
et son benefactor Don Genaro Flores, un puissant indien mazatèque qui
faisait partie du groupe de connaissance conduit par Don Juan.
Il ajouta qu’écrire était un important aspect de sa récapitulation
personnelle, et que je devais faire la même chose avec tout ce que je
retiendrais de nos entretiens.
«Et si j’oublie ?»- lui demandai-je.
« Dans ce cas cette connaissance n’était pas pour toi. Concentre-toi
sur ce dont tu te souviens.»
Il m’expliqua que le sens de ce conseil n’était pas uniquement
destiné à m’aider mais aussi à conserver une information
qui pouvait se révéler m’être précieuse dans
le futur. L’important était que j’acquière un certain
degré initial de discipline, afin de pouvoir entreprendre ensuite de
véritables exercices de sorciers.
Il décrivit le but des sorciers comme ‘une entreprise d’envergure’
: sortir l’homme de ses barrières perceptuelles afin de lui restituer
la maîtrise de ses sens, lui permettant d’entamer un chemin d’économie
d’énergie.»
Carlos insistait sur le fait que tout ce que fait un guerrier doit être
imbibé d’un pragmatisme urgent. En d’autres termes, il doit
être inflexiblement orienté vers le véritable but de l’être
humain : la liberté.
«Un guerrier n’a pas de temps à perdre, parce que le défi
de la conscience est total et exige une vigilance maximale, vingt-quatre heures
sur vingt-quatre.»
Dans mes rapports avec lui et avec d’autres hommes de connaissance, je
fus le témoin d’événements extraordinaires, du point
de vue de la raison. Toutefois, pour les sorciers, des phénomènes
comme la clairvoyance, la prémonition ou le voyage dans des mondes parallèles
au nôtre, sont des expériences normales dans l’exercice de
leurs tâches. Tant que nous ne sommes pas capables de les vérifier
par nous-mêmes, il est inévitable que nous les prenions pour des
fantaisies ou, dans le meilleur des cas, comme des métaphores propres
à leur langage.
L’enseignement des sorciers est ainsi, on prend ou on laisse. On ne peut
pas le raisonner et il n’est pas possible de le vérifier ‘intellectuellement’.
La seule chose qu’il convienne de faire est de le mettre en pratique,
en explorant les possibilités extraordinaires de notre être.
Armando Torres