AMOUR…

Toutes les chansons parlent d’amour, même si les chanteurs et les chanteuses hurlent pour faire connaître leur appétit ou leur peine d’amour.

Encore faudrait-il pouvoir définir le verbe aimer. Il est, en effet, des verbes élastiques qui ne signifient rien. Le verbe sentir en est un; le verbe aimer en est un autre.

Déclarer qu’on aime la pizza, Beethoven ou les yeux bleus, les sous-vêtements de couleur, les films de Laurel et Hardy ou Jésus-Christ, c’est mêler niveaux de langage et acceptions d’un verbe trop usé pour exprimer un concept précis. Quand on dit table, on sait de quoi il retourne; quand on dit aimer, on flotte.

Aussi a-t-on multiplié les synonymes, espérant ainsi préciser ce que l’on entend par aimer. Car on peut aimer un être humain, un paysage, une fleur, un animal, un objet, un bijou, un livre, un climat, une vedette, etc. Nous pouvons choisir parmi les innombrables synonymes de ce verbe élastique:

adorer
affectionner
apprécier
avoir du goût pour
avoir la passion de
avoir le culte de
avoir un penchant pour
chérir
estimer
goûter
idolâtrer
nouer amitié
préférer
raffoler de
s’adonner à
s’attacher
s’enthousiasmer
s’enticher de
s’éprendre de
se complaire à
se lier
se livrer à
se plaire à
sympathiser
vénérer

On peut ajouter, lorsqu’il s’agit d’une philosophe, d’une idée ou d’une œuvre:

se reconnaître dans
s’identifier à

Les dictionnaires fournissent des synonymes mais ne définissent pas:

“Éprouver de l’affection, de l’amitié, de la tendresse, de la sympathie pour quelqu’un; avoir du goût pour quelque chose.” (Robert)

“Avoir de l’affection, du goût, du penchant pour quelqu’un ou pour quelque chose.” (Larousse).

“Avoir de l’inclination pour quelqu’un ou quelque chose. trouver plaisir à quelque chose. Éprouver une inclination qui peut comporter toutes sortes de degrés, depuis un paisible sentiment de sympathie jusqu’à la passion exclusive.”

(Foulquié-St-Jean, Dictionnaire de la langue philosophique, P.U.F, 1969).

Il faudrait sonder l’amour, aller jusqu’aux racines, saisir l’essence de l’amour. Pour ce faire, nous consulterons la Mère; elle parle de l’Amour pour le Divin, mais tout est immédiatement transposable si l’on veut bien garder en mémoire que c’est le psychique (divin) qui soutient l’amour fusion. Les amants incarnant la dualité d’être ne sont plus tout à fait au niveau humain: ils transcendent cette humanité mortelle pour vivre sur un plan psychique, donc divin et immortel.

L’amour fusion ferait fuir les amoureux de l’indépendance. Ne pas être prisonnier, être indépendant n’est-ce pas…

“Je me souviens d’avoir entendu d’un vieux sage occultiste, une belle réponse à quelqu’un qui disait :”Je veux être indépendant ! Je suis un être indépendant ! Je n’existe que quand je suis indépendant !” Et l’autre lui a répondu avec un sourire : “Alors, cela veut dire que vous ne serez aimé de personne, parce que si l’on vous aime, vous devenez immédiatement dépendant de cet amour.”

C’est une belle réponse, parce que c’est justement l’amour qui conduit à l’Unité et que c’est l’Unité qui est l’expression de la vraie liberté. Et, ainsi, ceux qui, au nom de leur droit à la liberté, réclament l’indépendance, tournent le dos complètement à cette vraie liberté, parce qu’ils renient l’amour.”

(La Mère, Entretiens 1957, S.A.A., Pondichéry, 1969, p. 68)

L’amour a ses niveaux d’évolution. Il commence très bas:

“Dans les formes les plus inférieures de la vie, l’amour se transforme en besoin d’avaler, d’absorber, de s’adjoindre à autre chose; ça, c’est la forme la plus primitive de l’amour dans les formes les plus inférieures de la vie. C’est prendre et absorber. Eh ! bien, le besoin de prendre, c’est le désir. […] C’est l’amour dans sa forme la plus obscure et la plus inconsciente. C’est un besoin de s’adjoindre à quelque chose, une attraction, un besoin de prendre. “

(La Mère, Entretiens 1955, S.A.A., Pondichéry, 1980, p. 42)

Peut-être faut-il regarder plus haut ?

“Je garantis qu’à part la capacité de faire des phrases sur la chose, l’amour des animaux supérieurs comme les mammifères pour leurs enfants est exactement de la même qualité: même dévouement, même oubli de soi, même abnégation, même souci d’éducation, même patience, même… […]

Et si l’on avait écrit cela en le mettant dans le caractère d’une femme au lieu de le mettre dans une chatte, on aurait fait des romans superbes, les gens auraient dit :”Quel être! comme ces femmes sont merveilleusement dévouées dans leur amour maternel.” […]

Et cette espèce de don de soi et d’oubli de soi, dès qu’il y a le commencement de l’amour, ça vient. […] il y a peut-être une pureté plus grande chez les animaux, parce qu’ils ne réfléchissent pas et que chez les être humains, avec leur pouvoir mental, leur capacité de réfléchir, de raisonner, d’analyser, d’étudier, tout ça, ils abîment le plus joli mouvement. Il commencent à calculer, à raisonner, à douter, à organiser. […]

(La Mère, Entretiens 1954, S.A.A., Pondichéry, 1980, p. 122)

“Un amour entre deux être humains, quel qu’il soit, est toujours fait d’ignorance, d’incompréhension, d’impuissance et de ce terrible sens de la séparation. C’est comme si l’on voulait rentrer dans la présence d’une Splendeur unique et que, la première chose que l’on fasse, c’est de mettre un rideau, deux rideaux, trois rideaux, entre soi et cette Splendeur, et on est très étonné de n’avoir qu’une vague impression et pas du tout la chose elle-même.[…]

Il y a tous ceux qui ne se soucient pas de la Splendeur, qui lui tournent le dos et qui vivent dans leur instinct, qui sont des animaux un petit peu perfectionnés. […] Il n’y a qu’à les laisser faire ce qu’ils veulent, cela n’a aucune espèce d’importance.”

(Ibid., p. 117)

“Si tu as la conscience d’un animal, tu aimeras comme un animal. Si tu as la conscience d’un homme ordinaire, tu aimeras comme un homme ordinaire. Si tu as la conscience d’un être d’élite, tu aimeras comme un être d’élite, et si tu as la conscience de la divinité, tu aimeras comme la divinité. […] si, par un effort de progrès et de transformations intérieurs, par aspiration et par développement, on passe d’une conscience à l’autre et que sa conscience devienne de plus en plus vaste, eh! bien, l’amour qu’on éprouvera sera de plus en plus vaste.”

(Ibid., p. 118)

“L’amour, dans son essence, est la joie de l’identité; il trouve son ultime expression dans la félicité de l’union .”

(Ibid., p. 119 et Éducation, S.A.A., Pondichéry, 1981, p. 75)

“D’abord, c’est la joie de l’identité. Il faut déjà quelque chose qui puisse devenir conscience de l’identité, et c’est justement l’amour. Puis vient la manifestation de l’amour. Et, dans sa forme suprême, c’est-à-dire quand il revient à son Origine à travers toutes les histoires de sa manifestation, il devient la félicité de l’union. Parce que le sentiment de l’union vient comme une conséquence du sentiment de séparation. […]

C’est, d’une part, le pouvoir d’attraction suprême, et de l’autre, le besoin irrésistible du don absolu de soi.”

(La Mère, Entretiens 1953, S.A.A., Pondichéry, 1975, pp. 305-306)

“L’aspiration vraie ne vient pas de la tête; même quand elle se formule par une pensée, elle s’élance comme une flamme du cœur. […] C’est toujours quelque chose qui s’élance et qui se donne, tandis que le caractère même du désir est de tirer à soi.

La différence essentielle entre l’amour dans l’aspiration et l’amour dans le désir est que l’amour dans l’aspiration se donne entièrement et ne demande rien en échange — il ne réclame pas; tandis que l’amour dans le désir se donne aussi peu que possible, demande autant que possible, il tire à soi et il réclame toujours. […]

Un sentiment de plénitude, de force de flamme intérieure qui vous remplit. L’aspiration peut vous donner de la joie, une joie très spéciale qui n’a rien d’excité.”

(La Mère, Entretiens 1950-51, S.A.A., Pondichéry, 1967, pp. 174-175)

Descendons provisoirement des hauteurs spirituelles pour passer par une comparaison.

L’aimant

La langue française permet de jouer sur l’homonymie aimant-aimant. Un aimant, au sens courant du terme, est un corps ou une substance qui a reçu ou qui possède la propriété d’attirer le fer. Le terme vient du grec adamas en passant par le latin adamas, métal dur et diamant.

Le terme amant vient du latin amare, aimer; l’amant est celui qui aime et est aimé. Un amant est un être qui aime, donc un aimant (participe présent du verbe aimer), comme on dit un méditant, du verbe méditer.

L’étymologie ne nous permet pas de jouer sur le double sens du nom aimant, mais la réalité outrepasse cette interdiction formelle. Celui qui aime est un aimant. Certes, on ne pourrait se jouer ainsi des mots en anglais (lover et magnet) ni en allemand (Herzliebste et Magnet).

Un aimant (physique) a deux pôles, l’un positif l’autre négatif, mais on peut couper l’aimant en deux, il aura encore deux pôles. Chaque partie de l’aimant est donc double, complète; un aimant “vit” en dualité d’être et on ne peut séparer les deux êtres physiques comme chez les humains. L’amour fusion ressemble à cet aimant, symbole magnifique de la dualité d’être.

Il n’existe pas d’aimant (physique) à un seul pôle; dans l’absolu, il n’existe pas d’humain à un seul pôle: chacun fait partie d’une sphère (selon Platon), d’un aimant, d’une Force.

Les deux pôles de l’aimant ne s’annulent pas l’un l’autre, ils sont complémentaires. L’amour fusion n’éteint pas l’un des deux amants au profit de l’autre: ils restent complémentaires mais aussi indissociables que les deux pôles de l’aimant.

Les couples “artificiels”, c’est-à-dire la majorité des unions, peuvent voir l’annulation d’un des deux amants; mais il ne s’agissait pas d’une dualité d’être; il s’agissait d’une union “contre nature” selon Max Théon, “en désordre”.

Chacun des deux véritables amants est complet en soi, double : il incarne la duelle projection du Seigneur (son psychique) et de la Mère (la kundalini); son corps même exprime la duelle réalité originelle (l’androgynie corporelle). Chacun des amants est l’élément infime de l’aimant à deux pôles dans notre comparaison.

Lorsque le couple en dualité d’être se constitue, chacun des deux amants, complet en soi, complète l’autre: chacun des éléments du moi parle à l’élément correspondant chez l’autre.

L’amour

“L’amour, dans son essence, est la joie de l’identité; il trouve son ultime expression dans la félicité de l’union.”

Être uni, être UN en deux, c’est la dualité d’être mais c’est aussi la félicité de l’union. Un pont de lumière est lancé entre les deux psychiques mais aussi entre tous les éléments de l’être.

Bien des amants ont perçu, d’une manière parfois très nette, l’existence d’une sorte de champ magnétique intense près de la peau de l’aimé(e), ainsi que le contact entre ces deux auras lorsque les deux corps se rapprochent avant de se toucher physiquement. L’union des auras est donc réelle; les deux auras ne font plus qu’une aura, comme un cocon de lumière.

On peut d’ailleurs, scientifiquement parlant, mesurer les champs magnétiques et leurs fluctuations ou des différences de potentiel électrique sur la peau des patients en fonction de leur état psychologique ou physiologique. Ces fluctuations — mesurables — démontrent “qu’il se passe quelque chose d’autre”.

Une récente découverte confirme les enseignements de la Tradition: l’émission par les cellules vivantes de rayons électromagnétiques ténus et cohérents. Le caractère de cohérence donne à ce rayonnement la propriété de résonance du laser et son extraordinaire pouvoir énergétique.

Une série d’expériences délicates, mais irréfutables, montre que cet effet “laser” provient d’une résonance entre les photons. Ce phénomène est bien de nature électromagnétique puisqu’il peut se manifester à distance et n’est donc pas dû à quelque réaction de métabolisme chimique interne.
Il se trouve que les corps non incandescents, comme par exemple le corps humain, sont, eux aussi, capables d’émettre des radiations de diverses fréquences, qu’on appelle la luminescence et, dans le cas des êtres vivants, la bioluminescence. Les corps non incandescents, comme les êtres vivants, n’émettent ces particules qu’à de très faibles fréquences, comme un fusil coup par coup. C’est la raison pour laquelle la bioluminescence n’entre pas dans le spectre des radiations connues, des rayons gamma aux ondes hertziennes.

La Tradition enseigne que les cellules communiquent entre elles parce qu’elles ont une conscience, elle-même soumise à une conscience d’organe, soumise à la conscience générale du corps. Les manifestations lumineuses ou magnétiques sont les manifestations matérielles de la conscience cellulaire.

Si les cellules communiquant entre elles, les corps des amants communiquent directement entre eux. L’union, sur un plan encore trop ténu pour l’observation profane, est bien réelle.
Les Grecs disaient que l’Amour précédait la Création: le psychique est amour, et il est à l’origine des êtres.

S’identifier au Divin, c’est se fondre. Au niveau individuel, c’est la réunification; chacun est séparé, isolé; l’amour rapproche: c’est le début de la grande fusion, celle qui synthétise au lieu de dissoudre. C’est l’union d’éléments séparés et conscients, c’est l’union des facettes, c’est la construction ou la reconstitution d’un aimant à deux pôles.

L’amour n’a pas été inventé (comme le disent certains théoriciens rasant la terre) pour supporter ou mener à la reproduction. Il la précède. L’amour peut se passer de toute reproduction matérielle.

Le psychique connaît vraiment la joie de l’identité: il est d’essence divine; il retrouve le Divin dans l’autre psychique; il s’identifie à son Origine, le Divin. Les deux amants s’ouvrent au psychique et partagent cette joie double.

Ainsi, la joie de l’identité peut se lire de deux manières:

• se retrouver en miroir dans l’autre
• s’identifier à l’être duel (la sphère originelle de Platon)

La joie de l’identité (ou de l’identification) se retrouve dès que brille la lumière psychique dans et à travers le corps psychique (cakra du cœur).
La Mère parle de l’Amour pour le Divin, mais il est facile de transposer au niveau humain cette immense Force créatrice: l’humain est une parcelle du Divin et le psychique en est l’essence même. Lisons Les quatre austérités et les quatre libérations:

“Au début de cette manifestation, dans la pureté de son origine, l’amour est constitué de deux mouvements, les deux pôles complémentaires de l’élan vers la fusion complète. C’est d’une part le pouvoir d’attraction suprême et de l’autre le besoin irrésistible du don absolu de soi. Aucun mouvement ne pouvait mieux et plus que celui-là jeter un pont sur l’abîme qui se creuse dans, dans l’être individuel, la conscience se sépara de son origine et devint inconscience.”

(La Mère, Éducation, S.A.A., Pondichéry, 1981, p. 75)

Si l’on veut bien se souvenir de la sphère originelle de Platon, la transposition est facile.

Amour éternel

L’immense épopée de 23 813 vers de Sri Aurobindo met en scène des personnages transcendants; mais l’amour qui les anime, idéal, parfait, doit servir de modèle pour les amants sincères.

Au départ, la légende de Satyavan et Savitri est présentée dans le Mahabharata comme une simple histoire d’amour conjugal conquérant la mort; on reconnaît la légende d’Orphée, bien plus tardive. Mais il s’agit en fait d’un mythe, donc d’une histoire à déchiffrer. Sri Aurobindo nous le décode:

“Satyavan est l’âme qui porte en elle la divine vérité d’être, mais elle est descendue dans les serres de la mort et de l’ignorance; Savitri est le Verbe divin, la fille du Soleil, la déesse de la suprême Vérité qui descend et naît pour sauver. […]
Il ne s’agit pas seulement d’une allégorie, les personnages ne sont pas des qualités personnifiées, mais des incarnations ou des émanations de Forces vivantes et conscientes avec lesquelles nous pouvons concrètement entrer en contact et qui revêtent des corps humains pour aider l’homme et lui montrer le chemin qui va de son état mortel à une conscience divine et une vie immortelle.”

(Savitri, Auropress, 1977 —Traduction de la Mère)

Ce que dit le Seigneur de la Mort à l’Amante:

Ô voyageuse dans le char du Soleil,
Grande prêtresse du sanctuaire de la fantaisie sainte,
Qui, dans la maison de la terre, avec un rituel magique,
Adores l’idéal et l’amour éternel,
Qu’est cet amour que ta pensée a déifié,
Cette légende sacrée, ce mythe immortel ?
…………..
Si Satyavan avait vécu, l’amour serait mort;
Mais Satyavan est mort et l’amour vivra
Pendant quelques temps dans ta poitrine douloureuse jusqu’à ce que
La figure et le corps s’effacent du mur de la mémoire
Où d’autres corps, d’autres figures viennent.
…………………..
Précaire dans son immortalité,
Il a mille moyens de souffrir et de mourir;
L’amour ne peut pas vivre sur la seule nourriture céleste,
Il ne peut survivre que par la sève de la terre.
………………
Ton besoin peut se fatiguer et cesser ou tourner ailleurs
Ou l’amour peut rencontrer une fin terrible et sans pitié
Par la trahison amère, ou la fureur avec ses blessures cruelles
Séparé, ou ta volonté insatisfaite, vers d’autres
S’en va, quand la joie du premier amour est dépouillée et détruite;
Une terne indifférence remplace la flamme
Ou une habitude affectueuse imite l’amour;
Une union extérieure et inquiète se prolonge
Ou la routine d’une vie de compromis.
Dans ce qui semblait être un terrain spirituel
Par une aventure divine de pouvoirs célestes,
Deux êtres se débattent, constants associés sans joie,
Deux ego s’efforcent dans une seule laisse,
Deux mentalités divisées par leurs pensées discordantes,
Deux esprits disjoints, à jamais séparés.
…………
Bientôt la dure réalité t’éveillera en frappant:
La pure félicité eut un commencement, et doit avoir une fin.
…………

Voici ce que répond l’Amante, Savitri:

Tes mensonges mélangés à de tristes tendances de vérité.
Mais j’interdis à ta voix de tuer mon âme.
Mon amour n’est pas une faim du cœur,
Mon amour n’est pas un désir de la chair;
Il m’est venu de Dieu, à Dieu il retourne.
Même dans tout ce que la vie et l’homme ont défiguré
On entend encore un murmure de divinité,
On sent un souffle des sphères éternelles.
Autorisé par le Ciel et merveilleux pour l’homme
Un doux rythme de feu de la passion chante à l’amour.
Il y a un espoir dans son cri sauvage infini;
Il résonne d’appels venant des hauteurs oubliées
Et quand ses accents se taisent dans des âmes de haute envolée
Dans leur empyrée, son souffle brûlant
Survit au-delà, le cœur joyeux des soleils
Cette flamme à jamais pure dans des cieux invisibles,
Une voix de l’Extase éternelle.
……
Car nous sommes l’homme et la femme depuis le commencement,
Les âmes jumelles nées d’un feu unique qui ne s’éteint pas.
………
Me désirant depuis que le monde commença.
Il surgit comme une vague déréglée hors des flots
Et m’attira, sans défense, dans des mers de béatitude.
………
Et j’ai couru charmée vers sa vois lointaine
Et me suis empressée vers lui en passant de terribles barrières.
S’il y a un dieu encore plus grand et plus heureux,
Qu’il revête d’abord la figure de Satyavan
Et que son âme soit une avec celui que j’aime:
Ainsi qu’il me recherche pour que je le désire.
Car un seul cœur bat au-dedans de ma poitrine
Et un seul dieu est assis là sur le trône.

(Savitri, Auropress, 1977 —Traduction de la Mère)

L’amour fusion

La chanson parle d’amour, le christianisme répète qu’il faut aimer son prochain, les poètes et les romanciers ont célébré l’amour; mais cet amour-là est chaotique, fait de rapprochements et d’éloignements, d’extases et de déchirures, de baisers et de coups de griffes… et il ne dure que ce que dure la fantaisie du moment.

Tous les adolescents ont rêvé d’un amour définitif, capable de mobiliser toutes les ressources de leur être, de cristalliser tous les éléments de leur personnalité autour d’un sentiment lumineux, brûlant, exclusif. la vie les déçoit généralement.
Pourtant cet amour est possible, il est même “prévu par le constructeur”. C’est l’amour fusion, c’est l’amour en dualité d’être.

Chacun des deux amants se dissout avec béatitude dans un nouvel être double, fait des deux êtres unis à jamais. Ni l’un ni l’autre ne se désagrège, tel un pantin désarticulé, mais, consciemment, perçoit la dualité comme un tout, comme l’union de deux compléments, qui seraient incomplets en restant solitaires. Ce n’est pas l’abdication destructrice, c’est l’illumination transformante.

Mais cet amour parfait, définitif, sans la moindre infidélité, a ses exigences et ses lois. ô combien délicates, ô combien fragiles.

Cette dualité d’être est une mystique, un yoga.
C’est à cette aventure éblouissante que convient les pages qui constituent le présent ouvrage.
Les âmes-sœurs

La tradition (pas la grande, avec une majuscule) a répandu l’idée du célibat obligatoire pour pouvoir mener une vie spirituelle. En Occident, tout le monde sait qu’un moine est, par définition, seul. Il en est de même pour les yogis, du moins jusqu’à un certain moment de l’histoire de la mystique.

Lisons les textes de grands classiques:

Le grand Ramakrishna, de son vrai nom Gadadhar Chattopadhyasa a vécu au XIXe siècle (1836-1886). Il résume toute la tradition mystique de l’Inde et c’est cette tradition que connaîtra l’Occident:

“Les hommes qui ont le désir de réaliser Dieu et de faire des progrès dans la vie religieuse devraient se garder tout spécialement des pièges de la sensualité et de la richesse. Celui qui n’y prend garde n’atteindra jamais à la perfection.” […]
“Shrî Chaitanya répondit: “Les hommes, à cause de leurs relations avec les femmes, ne peuvent comprendre les enseignements les plus élevés. Souviens-toi, frère Nityananda, qu’il n’y a point de salut pour les esprits préoccupés des choses de ce monde.” […]

“Le Maître [Ramakrishna] lui fit prendre la Bible sur l’étagère et lui fit lire les passages suivants: “Il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; il y en a qui se sont rendus tels eux-mÊmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne [Mt XIX, 12]. […] Shrî Râmakrishna ajouta: “C’est le mariage qui est cause de toutes les servitudes.”

(L’enseignement de Râmakrishna, Albin Michel, [1949] 1972, p. 52)

C’est un disciple célèbre du Maître qui a fait connaître la mystique de l’Inde et les enseignements de Ramkrishna. Il s’agit du Swâmi Vivekânada, (1862-1903) qui donna maintes conférences en Occident. Le véritable nom de Vivekjânanda est Narendra Nâth Datta.

Le disciple répète le maître:

“Seul l’homme et la femme chastes peuvent faire s’élever les ojas [l’énergie essentielle] et les emmagasiner dans leur cerveau; c’est pourquoi la chasteté a toujours été considérée comme la vertu la plus haute. L’homme sent que s’il n’est pas chaste, la spiritualité s’en va, il perd sa vigueur mentale et sa force morale. C’est pourquoi tous les ordres religieux du monde qui ont produit des géants spirituels exigent toujours une continence absolue. C’est pourquoi il existe des moines — qui ont renoncé au mariage. “

(Swâmi Vivekânanda, Les yogas pratiques, Albin Michel, [1936] 1970p. 400)

MAIS les rsi étaient mariés et la dualité d’être allait de soi. Les “auteurs” du Veda, le livre sacré par excellence, les grands voyants, les grands mystiques, les grands réalisateurs spirituels que furent les rsi étaient mariés…

L’immense Sri AUrobindo a retrouvé les secrets du Veda (livre codé, comme tous les grands Écrits sacrés). Il a révélé certains aspects que personne ne semble vouloir retenir; nous citerons des passages qu’on semble vouloir garder à l’abri des regards. LEs paroles du maÎtre, grand yogi s’il en fut, sont fondamentales pour qui pense à la dualité d’être.

“1. Ce qu’on appelle généralement l’attraction sexuelle est principalement un appel sur les plans du vital et du physique entre un homme et une femme. Cette attraction, habituellement, s’établit en mêlant des émotions et des sentiments, et elle est presque toujours confondue avec l’amour, ou prise pour une relation psychique.

Pour ceux qui désirent renoncer totalement à la vie — c’est-à-dire les Sannyasin, par exemple —, le mariage, dans son sens ordinaire, est absolument hors de question. Parce que ce mariage est ce qui rattache très solidement une personne à la vie. La femme, de par sa nature, a la plus forte tendance à coller à la vie. C’est elle qui, généralement, ramène et fixe l’homme dans la vie. Ceci est voulu par la nature dans le but de continuer la race et la vie.

2. Il existe une union réciproque entre le psychique de l’homme et celui de la femme, l’union de l’âme avec l’âme. Évidemment, c’est difficile à réaliser.
Le premier argument fait référence à la vie ordinaire, dans les plans physique et vital.
Dans une vie plus élevée, il existe deux types, deux gradations quant à l’union de l’homme et de la femme.

L’une est l’union psychique, l’autre est l’union spirituelle.

L’homme habité d’un grand idéal — le poète, l’artiste — a développé un être psychique. Chez l’homme ordinaire, l’être psychique n’est pas développé. Pour un homme au psychique évolué, rencontrer une femme correspondante est plutôt difficile. Mais si une telle union réussit à se concrétiser, c’est une grande aide pour tous les deux. […]

Même quand l’union psychique s’établit entre deux êtres humains, les autres parties (le mental, le vital, et le physique) chez l’un des deux peut entrer en conflit avec ceux de l’autre, et le bénéfice de l‘être psychique peut être annulé par ce manque d’harmonie. Mais si le psychique domine chez les deux êtres, ces difficultés peuvent disparaître peu à peu.

• La relation spirituelle entre homme et femme est la plus difficile à réussir. L’homme recherchant la vie divine la plus haute, le chercheur de vérité et de Conscience divines — qui est Purusha —, s’il rencontre une femme du même type, la femme qui est sa shakti, alors sa vie spirituelle, la vie qu’il doit manifester, est enrichie et pleine. Dans ce cas, il y a aussi le lien psychique entre les deux.

Dans le cas d’une union psychique, la relation spirituelle peut se développer graduellement et se rendre manifeste

Dans l’union spirituelle, la femme qui est la shakti doit être pour de bon une Force — c’est-à-dire une personnalité puissante capable de recevoir adéquatement l’aide du Purusha. Chacun doit être une aide véritable pour l’autre: cette relation est la plus difficile à réaliser. Les difficultés tombent sur le sadhaka; pour le Réalisé, l’âme évoluée, les difficultés n’existent pas. Il sait parfaitement ce qui doit se manifester. Si sa shakti existe, il sait où elle est et il la trouvera. […]

La shakti n’est pas indispensable pour faire le yoga: sans la shakti, on peut atteindre la pleine connaissance, la pleine conscience, la force et l’ånanda. Mais si ces éléments doivent être apportés et manifestés dans la vie, la shakti est nécessaire. s’il n’y a pas de shakti, il peut faire descendre dans la vie la connaissance, la Force, l’Ånanda, etc. qui sont en lui. Il peut, dans ce cas, se contenter de préparer le chemin de ce qui doit être et qui sera fait plus tard. […]

1. S’il s’agit d’un mariage ordinaire, l’homme peut être ramené au plus bas niveau de conscience, sans parler des tracas, anxiétés et responsabilités auxquels il sera sans doute confronté. Dans ce cas-là, il peut perdre son aspiration pour une vie plus haute et peut être totalement changé sous l’influence de la femme.

2. Il peut être totalement ruiné spirituellement par le mariage

3. Ou, s’il rencontre la femme idéale, ce sera une grande aide sur le chemin.

[…] Pour quelqu’un qui aspire à une vie plus haute, il est habituel, spécialement pour ceux qui ont un être vital très fort, d’avoir tendance à apprécier les joies du vital et les relations vitales avec une femme. Sri Aurobindo n’a aucune objection à cela en tant qu’expérience et perception. Seulement, dans la vie d’un yogi, cela doit être transformé en des mouvements d’une nature plus haute.”

(Purani, A.B., Evening Talks with Sri Aurobindo, S.A.A.T., [1959] 1970. pp. 149-151)

Sri Aurobindo reprend dans ce long texte, (du 25 novembre 1924) un à un, tous les arguments de Max Théon. Il ne s’en inspirait pas du tout, il dictait selon sa Connaissance à lui, mais il confirmait les vues de celui qui écrivit vingt ans plus tôt.

Sri Aurobindo répond à un disciple en particulier, d’où l’accent sur l’homme et non sur la femme. Il ne s’agit pas de sexisme.

Cependant, le compte rendu semble un peu étriqué; celui de Champaklal semble plus complet. Certes, un texte de la main de Sri Aurobindo eût été préférable et toute ambiguïté eût été levée. Lisons donc.

“Les liens entre un homme et une femme peuvent se classer, grosso modo, en trois catégories.

La première catégorie est d’ordre physique et vital. Elle recouvre quatre-vingt-dix-neuf pour cent des mariages. C’est le seul lien possible pour des hommes et des femmes appartenant à l’humanité ordinaire, et on ne doit rien y voir de mal. En fait, ce n’est ni bien ni mal, mais plutôt nécessaire: cela leur permet de progresser durant leur vie. C’est aussi pour répondre à un besoin de la Nature, à savoir la reproduction et la continuité de la race. Vous demandez pourquoi l’impulsion sexuelle est aussi forte chez l’homme, jusqu’à en faire un simple instrument totalement soumis. Parce que, comme l’a dit Sri Aurobindo, elle est prévue par la Nature pour satisfaire son but le plus fondamental et le plus primitif, celui de la reproduction, et elle est forte afin d’obliger l’homme à y répondre malgré lui. Pour les hommes ordinaires, c’est le seul principe et, en fait, la seule impulsion.

Cependant, l’homme peut tenter de les satisfaire en y ajoutant ses idées et ses idéaux émotionnels et esthétiques.

Le deuxième type d’union entre homme et femme est le lien psychique. Ceux qui sont déjà hors du commun, d’un rare raffinement, cultivés, et qui ressentent un appel vers un plus grand idéal de vie que l’homme et la femme appartenant à l’humanité moyenne, comme par exemple un appel pour l’art, la musique, la poésie ou le patriotisme, ceux-là devraient chercher leurs compagnes de vie non pas à partir de leurs désirs sexuels mais plutôt à partir d’une vision plus haute, de sorte que leur union puisse aboutir à ce type pur de lien psychique.

Pour un homme appartenant à ce type hors de l’ordinaire, seule une femme psychique peut être sa véritable compagne de vie. Elle seule peut l’aider à se réaliser et augmenter son pouvoir et son Ananda. Un choix erroné signifie pour lui un recul, voire la ruine. Une union physique et vitale avec une femme d’un type inférieur au sien peut émousser ses aspirations et même faire avorter sa vie.

L’union psychique est rarissime dans notre monde et elle est difficile à mettre en œuvre spécialement parce que votre recherche d’une partenaire est toujours colorée par les clameurs de vos propres désirs et de vos pulsions inférieures. En revanche, quand l’union est réussie, votre vie est extrêmement heureuse et, tous deux, vous croissez en force et en pureté, et vous pouvez même parvenir au type supérieur d’union —l’union spirituelle naissant de l’union psychique. Parce que l’union de type psychique est si rare et qu’une vraie compagne de vie est si difficile à trouver pour un homme animé d’un idéal supérieur, ces hommes restent habituellement célibataires.

Quelques-uns trouvent leur partenaire fort tard dans la vie, comme Mustafa Kamal. Quelques uns, plus favorisés, comme Browning, sont heureux durant toute leur vie. […]

L’union spirituelle est du troisième type, le plus élevé, et il est réservé à celui qui entend le véritable appel pour la vie spirituelle; l’aspirant doit trouver sa shakti , l’âme complémentaire, qui sera immédiatement sa partenaire et son guide dans sa sadhana. Si vous avez en vue une vie spirituelle et un idéal élevé, vous ne devez chercher ni une femme ordinaire ni même une femme psychique, mais seulement une femme de type spirituel, qui sera également psychique, mais avec quelque chose de plus. Le lien spirituel entre l’homme et la femme est encore plus difficile à mettre en œuvre, et pas plus d’un pour cent des mariages dans le monde, et encore, débouchent sur une telle union.

Quand elle est découverte, une compagne spirituelle double vos possibilités et votre pouvoir, et décuple la vitesse de vos progrès. C’est vraiment Purusa et Prakriti se réalisant eux-mêmes dans leur monde et s’élevant eux-mêmes jusqu’au plan divin grâce à leur pouvoir unifié. Un mauvais choix pour l’un des deux aspirants à la grandeur spirituelle est encore pire que dans l’union de type psychique; la chute est plus rapide et le résultat peut être fatal. Quand il s’agit d’une union spirituelle, le psychique est présent, mais quand il s’agit d’une simple union psychique, l’état supérieur n’est pas forcément accessible; dans certains cas seulement le plus haut peut naître du moins haut. Mais à partir du plus bas (le normal), le plus haut ne peut émerger; même le psychique peut difficilement se manifester dans une telle union. […]

Dans votre cas, tout dépend de votre idéal; s’il s’agit de la vie ordinaire et ses plaisirs physiques et vitaux, vous pouvez choisir votre compagne comme vous l’entendez. S’il s’agit d’un idéal plus noble, la recherche ne doit pas partir de vos désirs d’ordre sexuel mais de quelque chose de plus élevé, et la femme doit avoir quelque chose en elle qui soit en accord avec l’élément psychique de votre être. Plus encore, si votre idéal est spirituel, vous devez y penser cinquante fois avant de vous marier: Sri Aurobindo vous a déjà dit combien est rare une compagne faite pour une telle union spirituelle.[…] Avec ces données en tête, vous devez pouvoir décider par vous-même. […]

[Pour un aspirant à la vie spirituelle] “l’union avec une femme est correcte une fois, mais fautive les quatre-vingt-dix-neuf autres fois. Dans le cas unique de la réussite, sans sa shakti , le progrès de l’homme serait très lent et l’homme pourrait même dévier de sa route. Dans les quatre-vingt-dix-neuf autres cas, le simple contact avec une femme peut constituer un obstacle.

Si nombreuses sont les forces hostiles qui s’opposent à la véritable union entre âmes complémentaires que vous pouvez rarement rencontrer votre véritable compagne. Bien sûr, je vous parle du chemin et non du but. Quand vous atteignez le plus haut, vous devez savoir si vous pouvez rencontrer votre shakti . Sans shakti, vous pouvez néanmoins devenir parfait en vous-même, dans le sens que vous pouvez parvenir à la toute-connaissance, au pouvoir, à l’ananda, et transformer votre être entier jusqu’à sa divinisation; mais si vous souhaitez lancer vos pouvoirs sur le monde pour une création, c’est différent. Prenez mon exemple. Il peut arriver que j’atteigne le sommet tout seul, ma shakti se perdant en route. Mais alors, je ne peux créer sans elle. Je peux seulement, grâce à mes pouvoirs les plus hauts, préparer la voie pour les autres et accomplir le reste plus tard. Ce ne sont pas seulement les forces obscures qui s’opposent et rendent impossible la rencontre des deux âmes jumelles, mais encore faut-il, quand elles se rencontrent, que leurs vies puissent encore être ruinées à cause d’empêchements d’ordre mental ou vital. Ce n’est que si les parties psychiques ou spirituelles dominent chez les deux aspirants que les deux partenaires peuvent vraiment se réaliser l’un l’autre et progresser vers le haut. Les forces hostiles travaillant contre la réalisation des yogis sont difficiles à vaincre. Habituellement, nous sommes dans le noir total et l’ignorance, avec seulement des éclairs de connaissance par-ci par-là; même quand le sadhak s’est élevé dans une perpétuelle connaissance lumineuse et est à même de percer à jour le jeu des forces hostiles, il n’est pas exempt d’attaques; ce n’est qu’une fois atteinte l’illumination totale dans la sérénité d’une connaissance révélée qu’il est en sécurité au-dessus d’elles.”

(Champaklal’s Treasures, S.A.A.T., 1976, pp. 225-227)

Ce compte rendu plus détaillé est encore flou et maladroit. Ce n’est pas du Sri Aurobindo. Il est donc difficile de comprendre si le Maître parle de son épouse, perdue en cours de route, ou de l’hypothèse d’un abandon de la Mère, la grande shakti . Il avait épousé Mrinalini Bose, la fille aînée de Bhupal Chandra Bose, à Calcutta, le 30 avril 1901, bien avant de rencontrer Lele. Il avait 29 ans. Fort heureusement, nous pouvons trouver une réponse précise dans un autre texte.

“Dans mon cas, c’était une condition nécessaire pour l’œuvre que je devais réaliser. Si j’avais dû ne m’occuper que de ma propre transformation ou offrir un nouveau yoga, ou un nouvel idéal à quelques personnes choisies qui venaient pour avoir un contact avec moi, j’aurais pu réaliser tout cela sans de besoin d’une shakti . Mais pour l’œuvre que je dois réaliser, il était nécessaire que les deux aspects viennent de concert. Par l’arrivée simultanée de la Mère et de moi-même, certaines conditions sont créées qui vous facilitent la transformation.”

(Pandit, M.P., Reminiscences and Anecdotes from Sri Aurobindo, compiled by, S.A.A., 1966, p. 167)

L’Histoire a surtout conservé le souvenir des âmes sœurs coupées du monde de l’amour humain; il semble que les âmes sœurs plus discrètes — les plus nombreuses — n’aient pas laissé de traces, du moins pas dans l’Histoire connue.

Relevons quelques jalons; nous commencerons pas les saints, qui ont œuvré ensemble mais n’ont pas connu l’amour fusion : la religion le leur interdisait. L’échange (intense) se situait au niveau des corps spirituels; les autre corps (mental, psychique, nerveux et physique) restaient muets.

St Benoît (v. 480-v.547) et ste Scholastique (v. 480-v. 547)
St Henri (973-1024) et ste Cunégonde (v. 978-1033)
St François d’Assise (1181-1226) et ste Claire (1193-1253)
St Jean de la Croix (1542-1591) et ste Thérèse d’Avila (1515-1582)
St François de Sales (1567-1622) et ste Jeanne de Chantal (1572-1641)
St Vincent de Paul (1581-1660) et Louise de Marillac (1591-1660)
Passons à des couples qui ont vécu ensemble:
Abélard (1079-1142) et Héloïse (1101-1164) (cela finit mal)
Martin Luther (1483-1556) et Katharina von Bora (1499-1552)
Et des personnages dont l’échange psychique ne fait aucun doute:
Paul et Virginie (Bernardin de Saint-Pierre)
Roméo et Juliette (Shakespeare)
Tristan et Iseult

Dans tous les cas, on retrouve le duel Conscience-Force (cit-tapas); c’est vraiment une dualité d’être dans l’Œuvre.

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