Jésus et les nazaréens

On pense souvent que “Jésus le nazaréen “signifie “Jésus de Nazareth”. Mais ce n’est la qu’une interpolation : Le village de Nazareth n’existait probablement pas à cette époque (L’évangile de Luc -IV, 29 dit que Nazareth est située sur une colline. Or la ville de Nazareth actuelle a été bâtie non sur une colline, mais dans une vallée, au pied d’un cercle de petites collines). Aucun auteur du Ier siècle, juifs y compris, ne mentionne le nom de la bourgade. Jésus n’était pas de Nazareth !
L’adjectif nazaréen entendu comme “homme du village de Nazareth” résulte d’une erreur de traduction de compilateurs tardifs. “De Nazareth” ou “nazaréthain” se traduit en grec par Nazarethenos, Nazarethanos, ou Nazarethaios et non par Nadzarenos, Nadzôraios, Nadzôrenos ni même Nadzarénos comme on le trouve dans les Évangiles (= “nazaréen”). Nazareth/Nazara s’écrivait en hébreu avec un Tsadé (qui est rendu en français par un Z), et en grec par un Sigma et non par un Dzéta.
Le nom “nazaréen” ou “naziréen” vient de l’hébreu “nazir” (avec un Zaïn), devenu en grec “Nadzaraois” (avec un Dzéta) et désigne un homme “saint” ou “consacré”, voué au service de dieu. L’ancien testament indique les règles que devaient suivre ceux qui faisaient voeux de naziréat : ils ne devaient pas boire d’alcool, ne pas se couper les cheveux et ne pas s’approcher d’un cadavre, (Juges. 13 et Nombres. 6).
Jésus était donc un nazaréen consacré à Dieu (Le mot grec “khrestos/christ” veut également dire “oint” ou “consacré”) et ses disciples portaient aussi, au début, ce nom de nazaréens : c’était la secte des nazaréens.
(On pense souvent que Jésus était lié aux Esséniens de Qumran -dont faisait probablement Jean-baptiste-, hors, parmi les termes utilisés par les scribes de Qumran pour désigner les membres de la communauté, on trouve très souvent celui de “gardien de l’Alliance”, en hébreu “NOZREI HA-BRITT”, d’ou viendrait “NOZRIM” / “NAZARÉENS”.)
Pour les arabes, par exemple, les chrétiens sont désignés par le terme “an-Nasârâ” et, chez les juifs, par le mot “nozaris” dans le Talmud (Agobard, évêque de Lyon au IXe siècle, écrivait : «Dans toutes leurs prières, les juifs maudissent chaque jour sous le nom de Nazaréens notre Seigneur Jésus-Christ et les chrétiens»).

Les disciples de Jésus étaient tous d’origine juive et n’avaient pas rompu leurs attaches avec le judaïsme. Ainsi, le livre des Actes des Apôtres nous montre à plusieurs reprises les premiers chrétiens (qui portaient alors le nom de nazaréens) fréquenter le Temple de Jérusalem et les synagogues. Ils continuaient à pratiquer la Torah : circoncision, interdits alimentaires, sabbats faisaient partie du patrimoine commun des nazaréens et des autres Juifs. Tout ce qui distinguait le nouveau mouvement, c’était sa croyance que le Messie était déjà venu.
Tout fut remis en cause par l’arrivée de Paul. Si les dirigeants de la communauté nazaréenne de Jérusalem (Jacques, frère de Jésus, et les apôtres) voyaient le nouveau venu avec un mélange de sympathie et de scepticisme, certains commencèrent à s’inquiéter sérieusement quand on apprit que Paul, non content de constituer des communautés composées principalement d’anciens païens, ne leur demandait rien d’autre que la conversion intérieure et le baptême. Les opposants à Paul estimaient que la conversion au Messie étant une conversion à une forme de judaïsme, il fallait exiger la circoncision et l’observation intégrale de la Torah. C’est en l’an 49 qu’eut alors lieu ce qu’on appela depuis le «concile de Jérusalem», dont le récit figure au quinzième chapitre du livre des Actes des Apôtres : Jacques et les apôtres proposèrent un modus vivendi dont la teneur est à peu près la suivante : Paul garderait toute liberté d’évangéliser les non-juifs sans leur demander la circoncision et les autres observances de la Torah. Pendant ce temps, Jacques présiderait aux destinées de l’autre groupe, celui des nazaréens d’origine juive, qui continuerait à pratiquer la Torah pour marquer son lien avec le judaïsme palestinien ambiant.

On connaît la suite de l’histoire : l’expansion rapide du mouvement «chrétien» autour du bassin méditerranéen, sous la houlette de Paul. Malgré des rapports qu’il dit fraternels avec Jacques, Paul a sujet dans ses épîtres de se plaindre de nazaréens provenant «de chez Jacques» et qui continuaient de polémiquer avec lui.
A terme, on aboutira à un renversement de la situation. L’Église primitive des nazaréens s’effondrera vers 70 et le pagano-christianisme paulinien entamera sa destinée triomphale : triomphe de Paul sur ses adversaires, les premiers apôtres de Galilée. Paul n’avait pas de scrupules à dépouiller d’autres Eglises (II Cor. XI, 8). « Sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon », prétend-il. C’est pourquoi il envoie ses ennemis à Satan (I Cor. V, 5 et I Tim I, 20).
C’est Paul qui est véritablement le fondateur du christianisme, car c’est lui qui propagea le culte d’un dieu qu’il appelait Chrîstos (ce qui veut dire le Bon, le Secourable, le Compatissant) et c’est du nom de ce dieu que Paul et ses partisans tirèrent leur nom de “chrétiens”. Il proclamait que ledit Jésus-Christ réunissait en lui les deux natures, humaine et divine. (Cette doctrine s’apparentait étroitement à d’autres religions de salut qui avaient cours à cette époque). Inutile de dire que pareille doctrine était totalement étrangère aux premiers nazaréens… qui seront en conséquence déclarés “hérétiques”.
Après la lapidation de Jacques en 62 et la révolte juive de Menahem (le “consolateur”) en 66-67 , la communauté nazaréenne de Jérusalem reçut par révélation l’ordre de quitter Jérusalem (J.M. Magnin “Notes sur l’Ebionisme”, POC XXIII [1973], 265). Dirigée par Syméon, elle chercha refuge en Basanitide dans la région de Kokba au sud-ouest de Damas et à Pella en Décapole (Cette migration fut décrite par Eusèbe et Épiphane). La, elle se mèla aux Baptistes Esséniens qui avaient fait de la Pérée (la Transjordanie de nos jours) leur terre d’élection aprés la destruction de leur centre de Qmran par les romains en 68.

Vers 70 Pline localise des Nazerimis dans le nord de la Syrie. Plus tard des données fournies par Eusèbe de Césarée, Épiphane et Saint Jérôme (en 404) font état de sectes nazaréennes (les “hérétiques Nasaraioi”) réfugiées en Syrie et en Jordanie qui, outre qu’elles reconnaissent en Jésus le Messie, continuent de pratiquer la circoncision et les autres commandements de la Torah. Pour ces nazaréens, Jésus était un grand prophète, il était le Messie annoncé par les Écritures, mais il n’était qu’un homme. IIs avaient Paul et ses écrits en exécration et ne manquaient pas une occasion de l’anathématiser comme le pire imposteur de l’histoire de l’humanité. Epiphane (367 – 404) distingait d’ailleurs les Nasaraéens juifs (Nasaraioi) des Nazoréeans chrétiens (Nazoraioi) : “ils (les Nazoréeans chrétiens) ne se sont pas appelés Nasaréens ; la secte des Nasaraéens était d’avant le Christ et n’a pas connu le Christ… Quand aux Nasaréens, ils étaient des juifs par la nationalité… Moïse, selon eux, n’a pas écrit le Pentateuque… Moïse était reconnu par eux et ils croyaient qu’il avait reçu les lois de Dieu. Non les 10 commandements, cependant, mais une autre lois qui a été ensuite falsifiée… Ils ont accepté d’autres écritures en plus de la loi, bien qu’ils aient rejeté la plupart des prophètes qui sont venus après”.

Des nazaréens s’étaient aussi installés en Perse. L’inscription de Kaftir, à Naqsh-I-Rustam, mentionne les différents sectes religieuses qui ont fait face à la persécution pendant les premières années du règne de Shapur (241 à 272) : “… des juifs (YHWD-y), des moines bouddhistes (SMN-y) … des brahmines (BRMN-y)…. des nazaréens (N’C-SL-R’-y) des chrétiens (KL-RSTYDAN)… des MKTKY-y… et des Zandik (ZNDYK-y) ont été conduits dehors.”

Il existait une autre branche des nazaréens : les ébionites, végétariens aux moeurs austères établis en Transjordanie, qui niaient la divinité de Jésus Christ et utilisaient l'” évangile des Ebionites” (connu par des citations d’Epiphane vers 315-403 apr. J.-C.). Un autre écrit, rédigé en hébreu ou en araméen, est cité par Jérôme : “l’évangile des Nazaréens”, utilisé en Syrie.
Le mot “Ébionite” vient de l’hébreu “ebion”, qui signifie “pauvre”. Le groupe est mentionné par Irénée (Adv. haer., 1, 26, 2) et par Origène (Contr. Cels., 11, 1). Outre le bain rituel quotidien, ils avaient une immersion spéciale (c’étaient donc des baptistes comme les esséniens). Ils niaient la naissance virginale de Jésus ainsi que son appartenance à une trinité. Ils rejettaient également son aspect salvateur : pour eux, la mission de Jésus était seulement d’enseigner. Il n’avait pas voulu supprimer la Loi ; cette suppression étant l’œuvre de Paul, leur grand adversaire. Ils prétendaient défendre la vraie pensée de Jésus contre la déformation que le paulinisme lui avait fait subir.
Anne de Jérusalem distingue les “Ebionites proprement dits”, “purs” ou “pharisaïques”, des “Ebionites esséniens”.
Ces “Ebionites esséniens” sont probablement nés de la fusion des nazaréens avec les derniers esséniens de Jean Baptiste … “lesquels accusaient Jésus d’avoir perverti les doctrines de Jean ” (Codex Nazarenus, Vol. 11 page 109). “Leur croyance était que le Jésus n’était pas le fils de Dieu, mais simplement un prophète qui voulait suivre Jean “. (Origène, Vol. 11 page 150).
Epiphane disait : “Seuls quelque rares Nazoréens doivent toujours exister en Egypte supérieure et au delà de l’Arabie, mais le reste des Osséens (Esséniens), qui demeuraient au-dessus de la mer morte et de l’autre côté avec les Sampsaeans se sont associés aux Ebionites.”

Actuellement, ces “Ébionites esséniens” n’ont pas tous disparu : leurs descendants sont les mandéens. Le mandéisme désigne la religion pratiquée par une secte dont les derniers survivants, quelques milliers, se trouvent actuellement près des rives du golfe Persique, dans la région de Bassora.
Leur livre sacré, le Haran Gawaita, dit qu’ils sont venus de Palestine en passant par la Syrie et en remontant l’Euphrate. La secte mandéenne a été révélée en 1652 par un missionnaire carme, qui décrivait ses membres sous le nom de «chrétiens de saint Jean». D’après l’étymologie, les «mandéens» (mandaya) seraient les hommes de la connaissance (manda), mais ils désignent eux-mêmes leurs prêtres du nom de “nasuraia” (“nazoréens”) et leur doctrine du nom de Nasaruta (“nazoréisme”).
Ils pensent que leur religion leurs vient d’Adam qui l’a recue directement de Dieu (Mana). Leur derniers grands professeur et guérisseur étaient Jean-Baptiste. Par contre ils considèrent Jésus comme un faux messie qui prétendait être une incarnation de Hibil-Ziwa, le sauveur des Nazoréens. Pour eux le vrai messie s’appelle Enosh-Uthra.
Ils mangent trés peu de viande car tuer leurs est interdit. Ils pratique le baptème quotidiennement avant lever de soleil et n’emploient aucune image, aucune statue pour prier.
Il y a des conditions diététiques strictes et le célibat est interdit tout comme la circoncision.
Leur cosmologie semble inspirée des gnostiques. Dieu est le roi de la lumière qui demeure dans le monde le plus élevé. Les mondes inférieurs comprenant la terre sont la maison d’un mauvais esprit femelle appelé Ruha. Celui-ci a donné naissance à des entités innombrables, certaines bonnes et certaines mauvaises, dont “les douzes”, identifiés avec le zodiaque, et “les septs”, identifiés avec les sept planètes inspiratrices des 7 fausses religions (Jésus ne serait autre que Nabu, c’est à dire Mercure). Entre Dieu et ce monde il y a des éons appelés Utras, le plus élevé est Abel le brillant (qui s’est incarné dans Jean-Baptiste). Le livre Ginza explique qu’une émanation de Dieu, Abathur, a donné à naissance à Ptah-il le créateur du monde. La terre est un endroit foncé, créé hors des eaux noires de Ruha. Mais les eaux ne se solidifiaient pas jusqu’à ce qu’elles aient été mélangées à un peu de lumière fournie par Abel le brillant.

Un autre nom est attribué aux ébionites, celui de sabéens ou sabaya («baptistes»), qui souligne l’importance prise dans cette secte par les rites du baptême. Les anciennes listes semblaient déja connaitre ce nom :
Epiphane citait diverses sectes juives : “Les Sadducéens, les Pharisiens, les Hémérobaptistes, les Osséens (Esséniens), les Nasaraeans et les Hérodiens.” Ils vivaient “… en Nabatène, Iturée, Moab et le pays autour d’Areopolis, les régions se trouvant au-dela de la Mer Morte “.
Eusebe citait les travaux d’Hégésippus qui a classé les anciennes sectes juives pratiquant le baptème : “il y avait divers groupes de circoncis, parmi les enfants d’Israel, tous hostiles à la tribu de Juda et du Christ. C’étaient les Osséens (Esséniens), les Galiléens, les Hémérobaptistes (“qui se baignent tous les matins”), les Masbuthéens (les “baigneurs quotidiens”, de la racine Masbuta = “plonger dans l’eau”), les Ébionites-Nazoréens, les Sampséens (Sabéens), les Elchasaites, etc…”
Les constitutions apostoliques donnaient la liste d’hérésies juives suivantes : … les Sadducéens… les Pharisiens… les Basmothéens… les Hémérobaptistes… les Ebionites… les Esséniens. “
Lucien de Samosta, lau 2ème siècle, parlait d’un groupe sur le fleuve Euphrate en Syrie du nord. Ces “baigneurs quotidiens” se levaient à l’aube pour se baptiser : ce devait être des hémérobaptistes ou des Masbuthéens.
Les noms Sampséens/Sabéens, Masbuthéens , et Basmothéens, viennent tous de la racine “Subbi” qui veut dire “Baptistes”.
Dans le Coran, les sabéens sont appelés “as-Sâbi’ûn” et ils sont considérés comme faisanr partie des “gens du livre” (ahl al-kitâb) comme les juifs et les chrétiens. Il ne faut pas les confondre avec les chaldéens de Harrân (des paiens adorateurs du dieu lunaire Sin) qui ont repris ce nom vers 830 pour ne pas être persécutés par les musulmans. Al-Biruni d’Ahmad (972 à 1048) divisait les Sabéens en deux groupes. Il écrivait que le premier groupe était celui de Harran et l’autre celui de Wasit dans le Sawad Al-Irak. Il déclarait que celui d’Irak était celui des vrais Sabéens.

Selon le Coran, l’oncle de Khadija, femme de Mahomet, aurait été un chrétien parlant l’hébreu. Il est trés probable qu’il était un nazaréen ou un sabéen. il est trés probable aussi qu’il ait fortement influencé Mahomet dans son rejet des doctrines de la trinité et de la divinité de Jésus. D’ailleurs les arabes païens ont un instant cru que Mahomet était un sabéen.
Rabi’ah ‘ibn ‘Ubbad et ibn Abi Rabah ont écrit : “j’ai vu le prophète quand j’étais un païen. Il disait au peuple ‘si vous voulez vous sauver, acceptez qu’il n’y a aucun autre Dieu qu’Allah ‘. A ce moment j’ai vu un homme derrière lui qui a dit ‘C’est un sabi.’ Quand j’ai demandé qui il était, lui, on m’a dit qu’il était Abu Lahab, oncle du prophète.”
Ibn Jurayi (qui a vécu au 8ème siècle) a écrit : “il (Mohamed) est un Sabéen”.
Et Ibn Zayd (798) a écrit : Le prophète et ses compagnons sont mentionnés comme étant des Sabéens” comparant Mahomet aux Sabéens.

Mani, fondateur du manichéisme, semble avoir été influencé également par le mandéisme en même temps que par le zoroastrisme. Al-Nadim a écrit en 995 au sujet d’une secte baptiste qu’il appelle Sabéens Bata’ih (Sabéens des marais). Il les appelle également officieusement Mughasilahs (“les baptistes” ou “ceux qui se lavent”). Il n’y a aucun doute que ces personnes sont des Mandéens / Sabéens. Al-Nadim a écrit aussi que Futtaq, le père de Mani , a appartenu à ces Mughasilahs et qu’il a instruit son fils dans leur foi.

A noter que, selon Al-Nadim, la secte des Sabéens des marais aurait été fondée par Al-Hasih. Hors ce terme signifie “saint homme” et servait aussi à désigner Elchasai (Elkesai ou Helxai), fondateur de la secte juive des Elchasaites (ou Elcéséens) en Parthie (Iran).Ceux-ci étaient hostiles à Jean Baptiste et à Paul, et pensaient que Jésus n’était pas un dieu mais un ange s’étant réincarné dans plusieurs prophètes. Hippolyte, Epiphane et Origène racontent que vers 217 à 222, pendant le règne de Callistus, Alcibiades d’Apamée serait venu à Rome avec le livre de la secte des Elchasaites. Ce livre provenait de Serae, une ville de Parthie (Iran). Il aurait été apporté à Elchasai (“puissance cachée”) par un ange géant. Et Elchasai l’aurait donné aux Sobiais (sabéens).
Epiphane a aussi entendu parler d’une secte judaisante vivant dans l’est de la Jordanie et de la mer morte, c’étaient les Sampséens (Sampsènes, Sampsites), qui pratiquaient une forme de baptème. Cette secte reconnaissait aussi Elchasai en tant que leur professeur et vénéraient son livre mais pas la Bible. Il est probable que leur nom de “Sampséens” était une forme du mot “Sabéens”.

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