Les lignes de nazca

II y a soixante ans. rien ne distinguait Nazca des autres petites villes du Pérou sinon qu’il fallait. pour l’atteindre depuis Lima, traverser l’un des déserts les plus arides au monde. Mais ce désert – véritable planche à dessin des anciens Péruviens – a attiré depuis des milliers de visiteurs dans cette bourgade de 25 000 habitants aux maisons décolorées par le soleil. En effet, la pampa de Nazca qui s’étire au Nord porte une série de lignes atteignant pour certaines 8 km de long et forment des figures géométriques ou des dessins stylisés d’oiseaux. d’insectes, de poissons ou de végétaux. Dessinées sur la croûle aride du désert à l’aide de petites pierres ferreuses, ces lignes se conservent depuis près de 2 000 ans, grâce à une absence quasi totale de précipitations et d’érosion éolienne. Elles demeurent I’une des plus grandes énjgmes du Nouveau Monde.

C’est en 1939. alors qu’il survolait la région dans un petit avion. que le scientifique nord-américain Paul Kosok prêta attention à ces lignes que l’on prenait jusqu’alors pour un système dirrigation pré-inca. Cet expert en hydraulique arriva très vite à la conclusion que ces dessins n’avaient rien à voir avec un quelconque système de canalisations. Par chance, ce jour-là coïncidait avec le solstice d’été; en effectuant un second survol, Kosok remarqua que les rayons du couchant suivaient la direction de I’un des dessins d’oiseaux. II baptisa aussitôt la plaine de Nazca “le plus grand livre d’astronomie du monde “.
Ce n’est pas Kosok, mais une jeune mathématicienne allemande qui devint la spécialiste des lignes et qui fit le point sur cette question. Arrivée au Pérou en 1932, Maria Reiche avait 35 ans lorsqu’elle rencontra Kosok lors d’un colloque sur les fameux dessins, au cours duquel elle servit d’inlerprète au scientifique. Après la conférence, elle eut une conversation avec Kosok qui I’encouragea à étudier la pampa. EI1e devait s’y consacrer pendant un demi-siècle.


Les géoglyphes “animaliers” de Nazca.

Le travail de Maria Reiche
Jour après jour, Maria Reiche mesura. nettoya et cartographia ces lignes, d’avion et du sommet de la plate-forme métallique de 15 m qu’elle avait fait édifié. C’est à elle que l’on doit les théories les plus largement acceptées sur les centaines de dessins délicats qui couvrent un périmètre de 50 km entre Nazca et Palpa.

Ces lignes sont l’oeuvre des Nazcas. peuple d’artisans sédentaires, et reproduisent à grande échelle les dessins qui figurent sur les tissus et céramiques produits par ces Indiens de I’ère pré-inca. Si ces figures peuvent donc etre assimilées a des ceuvres d’art, leur signification laisse les spécialistes perplexes. Selon Maria Reiche : “Cette oeuvre a été éxécutée pour que les dieux puissent la voir et, du haut de leur demeure céleste, aider les Indiens nazcas dans I’agriculture, la pêche et dans toufrs leurs autres activités”. Ainsi. la figure du singe serait, selon elle, le symbole précolombien de la Grande Ourse, constellation que les Indiens associaient à la pluie. En période de sécheresse. phénomène fréquent dans cette plaine ou il pleut à peine une demie-heure tous les deux ans, les Indiens dessinaient un singe afin quc les dieux. lorsqu’ils baisseraient les yeux vers la terre, vissent que celle-ci se consumait de soif. Reiche a également su expliquer comment les Nazcas avaient pu réaliser d’aussi grands dessins parraitement proportionnés. Elle a démontré qu’ils utilisaient comme unité de mesure la longueur de I’avant-bras (du coude à l’index) et pense qu’ils se servaient de cordes attachées à des poteaux pour former des cercles et des arcs qu’ils recoupaient par des lignes droites.

Certains. bien sûr. réfutent Ies théories de Reiche et nient que les Indiens aient pu dessiner des figures qu’ils ne pouvaient pas voir du sol. Aussi. le club international des Explorateurs a-t-il tenté dc prouver, en 1975. que les indiens Nazcas disposaient de machines volantes. Le club fabriqua un ballon d’étoffe et de roseau. le Condor I. qu’il fit voler pendant une minute à une altitude de 100 m. Mais cette expérience ne se révéla guère probante.

La théorie la plus extravagante concernant les dessins de Nazca fut avancée en 1968 par Erich Von Daniken dans Chariots des dieux , ouvrage qui soutenait que la pampa était en fait une piste d’atterrissage pour les soucoupes volantes. Cette hypothèse, bien entendu, était conçue dans l’optique d’un gros succès de librairie. Même si Maria Keiche rejeta catégoriquement cette hypothèse, l’ouvrage de Von Daniken attira sur Ie site des milliers de visiteurs qui sillonnèrent la pampa à moto, en jeep. et même à cheval, laissant des traces indélébiles de leur passage. Aujourd’hui l’accès de la pampa est interdit et Reiche a utilisé les recettes de la vente de son livre “Mystère sur le désert “pour payer quatre gardes qui se relaient pour surveiller le site.

La culture Nazca
Héritière de la culture de
Paracas, et succédant à la phase Paracas-Necropolis qui s’achève vers 200 avant J.-C, la région côtière du Sud du Pérou traverse une période intermédiaire dénommée Proto-Nazca, s’étendant de 200 à 100 avant notre ère. Cette période est marquée par une instabilité qui semble due à la venue de populations nouvelles. Les arrivants se mêlent aux premiers occupants de la région. Il s’ensuit des transformations profondes dans le domaine des arts, et en particulier de la céramique. Celle-ci sera désormais plychromée avant feu, et révèlera une palette éclatante de couleurs chaudes offrant une surface admirablement lisse et brillante.
Le style de Nazca a été l’objet de nombreuses spéculations pour tenter d’en fixer la chronologie. Aujourd’hui les travaux de Dieter Eisleb, publiés en 1976, établissent une séquence simplifiée, fondée sur les données les plus récentes. Selon cette chronologie, on distingue donc le Proto-Nazca, le Nazca Initial, qui s’étend de 100 avant J.-C. à 200 après le début de notre ère, le Nazca Moyen (200 à 300) et enfin le Nazca Tardif qui va de 300 à 600 de notre ère. Après quoi se fait jour une influence iconographique provenant de l’Altiplano et de
Tiahuanaco qui est alors la capitale du bassin du Titicaca. Mais cette chronologie comporte également, en ce qui concerne l’évolution stylistique de la céramique, une série de subdivisions numérotées de 1 à 9 pour les 700 ans que dure la civilisation Nazca proprement dite.

Cette culture Nazca est l’héritière directe de celle de Paracas, mais elle développe considérablement l’irrigation, selon des techniques et à une époque qui correspondent exactement à celles des Mochica au Nord du Pérou. Il y a d’ailleurs, dans des styles très différents, une évolution parallèle entre le royaume des Mochica et les communauté des Nazca. C’est une phase d’accrois-sement notable de la richesse, coïncidant avec une augmentation massive de la population sous l’effet des progrès de l’agriculture.

Les gens de Nazca habitaient de gros bourgs situés en dehors de la zone cultivable, en bordure des déserts, afin de ménagerles terres agricoles destinées à la production de nourriture et de coton. Cette population vivait dans des huttes de clayonnage à couverture de chaume. Le centre de chaque agglomération comportait une pyramide en adobes qui constituait le sanctuaire commun. C’est à 6 km au Sud de l’actuelle cité de Nazca que se trouvait la plus grande agglomération précolombienne de la région, nommée Cahuachi. Cette ville possédait une grande pyramide de 110 m sur 90 m, bâtie sur six terrasses superposées atteignant 20 m de hauteur, ce qui représente un volume total de 70 000 m3 d’adobes. Alentour s’élèvent les ruines de six complexes de bâtiments en torchis, au plan difficilement identifiable.

La céramique Nazca

La principale transformation que l’on constate avec l’avènement de l’époque Nazca concerne la céramique : fine, bien cuite et, à la différence de la poterie mochica, polychrome. La matière est jaune clair ou rouge, peinte de diverses couleurs dont les plus courantes sont des rouges, jaunes, bruns, gris et violet, ainsi que du noir et du blanc. Les dessins sont souvent soulignés de traits de peinture noire.
L’étude des types de céramiques permet de distinguer plusieurs stades dans le développement de la culture Nazca. Les plus importants sont le Nazca A, très ancien, le Nazca B plus récent, le Nazca Y surtout post-classique. La céramique de la culture nazca A est en général caractérisée par des dessins appliqués sur un fond rouge foncé, celle du nazca B par un fond blanc. On trouve surtout des bols et des gobelets; des jarres à double goulot ou à tête modelée et à un seul goulot sont typiques de cette période.


Les thèmes d’inspiration se répartissent entre deux genres principaux : formes animales ou végétales stylisées mais encore reconnaissables, telles que poissons, oiseaux ou fruits, et thèmes religieux ou mythologiques, par exemple un centipède à tête de félin qui portera un masque tel qu’en ont sur la bouche certaines momies. Quelques démons, qui appartiennent à ce répertoire, ont des têtes humaines. Quelquefois aussi un pot sera modelé en forme de tête humaine. La fréquence de ce motif indique vraisemblablement l’existence d’un culte des têtes-trophées. Il y a de fortes ressemblances entre les démons de la céramique Nazca et ceux des textiles de la nécropole de Paracas. Ce qui laisse à penser que la culture de Nazca et celle que la nécropole de Paracas nous a révélée sont à peu près contemporaines.

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